S3E07 : Celui qui cherchait des noises  

Cela fait une quinzaine de jours que Norbert a ouvert son cabinet de coaching sportif, et il se prend enfin un nycthémère de repos. Doux moment qu’il attendait impatiemment depuis sa première soirée au pub O’Macadam, et la discussion qu’il a surpris avec les trois protagonistes du fond. En effet, la grosse dame a mentionné une fille du nom de Violetta, et un garçon, répondant au blaze de Jupiter. Tous les deux seraient des enfants sans père. Et la demoiselle aurait même des pouvoirs magiques, au niveau de la région capillaire. Avant de tirer toute conclusion hâtive, Norbert se devait de faire la lumière sur ces deux personnes. Il avait donc du pain sur la planche en ce premier jour de repos. 

Il apprit rapidement de la part des quelques clients qu’il a eus que Violetta n’est autre que la gentille préposée à l’accueil de la grande Tour. Fille sympathique et serviable qui l’a bien aidé pour terminer son dossier d’inscription. Cette partie sera la plus facile pour lui. La seconde beaucoup moins, Jupiter est un garçon monotone et taciturne. Et a un fort mauvais caractère, puisqu’il l’a déjà éconduit par deux fois alors qu’il l’a croisé par hasard errant dans la rue. 

Le visage de Violetta est toujours aussi souriant quand il pénètre dans le hall de la Tour. Difficile de faire plus avenant que cette gamine, songe Norbert au moment de l’accostage.

— Bonjour mademoiselle.
— Bonjour, monsieur, que puis-je faire pour vous ?
— Rien, et tout en fait. C’est vous que je venais voir. Ça va vous paraitre un peu étrange ma question, et peut être que vous allez me prendre pour un vulgaire touriste devant l’attraction la plus sympa du village, mais il parait que vous avez des pouvoirs magiques ?
— Oui, effectivement, j’ai ma chevelure qui s’illumine quand je chante.
— Waou… Ça doit être impressionnant à voir.
— Vous voulez voir ?
— Et comment ! 

Violetta pose alors le stylo avec lequel elle remplissait un document, se redresse sur son fauteuil, puis se met à fredonner le premier couplet qui lui vient à l’esprit.

E seppellire lassù in montagna
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E seppellire lassù in montagna
Sotto l’ombra di un bel fior

Et devant le grand étonnement de Norbert, la chevelure de Violetta vire du brun profond au blond doré le plus éclatant, illuminant toute la pièce alentour comme un soleil. 

Tutte le genti che passeranno
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E le genti che passeranno
Mi diranno: che bel fior

— Wouau… Je n’avais jamais vu ce genre de pouvoir, s’exclame le coach sportif, presque impressionné.

Violetta ne peut réprimer un sourire voyant le contentement de cet homme si sympathique.

— Est-ce que… Vous croyez que je peux toucher ?
— Mais… oui, répliqua la jeune fille. Vous êtes bien le premier qui me demande une telle faveur, mais pourquoi pas. 

Elle attrape une mèche de sa longue chevelure encore étincelante, et elle le tend. Norbert la prend, et l’enroule entre ses doigts. Une vague de chaleur lui ceinture les phalanges. Un sourire de satisfaction zèbre le visage du coach sportif. 

— Qu’est-ce qui vous arrive ? s’interroge Violetta.
— C’est bien ce que je pensais… Votre pouvoir est, comme dire… inestimable. En avez-vous seulement conscience, ma petite dame ? 

Sur ces quelques mots des plus énigmatiques, et sans attendre la réponse de la demoiselle, Norbert prend congé, lui promettant de revenir rapidement pour lui déposer quelques prospectus pour son nouveau cours de body smash qu’il compte mette en place bientôt. 

Une fois dehors, Norbert s’oriente vers le cabinet du juge Robert, quartier où il a le plus souvent croisé le jeune Jupiter. Probablement que ce brave magistrat lui a offert un poste afin de l’aider à s’intégrer à nouveau au monde si particulier du village de Verlan. 

Cependant, la chance n’était pas avec lui aujourd’hui, car Jupiter n’était pas chez le juge Robert, et encore moins dans le faubourg. Déçu d’avoir fait chou blanc, Norbert rentre dans le garage qui lui sert de salle de sport, mais aussi de logement, afin de se changer, et d’attendre un moment un peu plus propice. 

Jupiter est en retard. Comme souvent en ce moment. C’est à croire que l’oisiveté est mère de tous les vices. Alors qu’il n’a pas grand-chose à faire ces derniers temps, il en fait de moins en moins, délaissant ses révisions, l’observation des étoiles, son autre passion, ou encore la pratique quasi quotidienne qu’il avait de faire du sport. Il a rendez-vous avec sa daronne du côté de la poste pour partager un bout de quiche maison avec elle entre deux boulots. Même si ce genre de repas sur le pouce ne l’enchante guère, il ne peut pas le refuser à sa génitrice, qui se donne tellement de mal pour lui. 

Alors qu’il trottine le long de la rue jouxtant la place du village, une sorte d’énergumène surgit depuis un garage sur la droite. Tout d’abord estomaqué par cette apparition sortant de nulle part, Jupiter détaille l’homme qui vient de jaillir devant lui. On dirait une vague tentative de cosplay d’un super héros expulsée de la créativité délirante d’un pauvre bobo dont l’imagination se serait arrêtée à la première bande dessinée bon marché qu’il aurait trouvée sur une aire d’autoroute. Vêtu d’un pyjama une pièce de couleur rouge sur lequel trône le logo citron d’un dragon de bande dessinée, d’une cape jaune et d’un passe-montagne écarlate, ce dernier agite les bras dans le vide, avant de se positionner à la manière d’un ninja à la retraite depuis deux siècles. 

— Foutrebleu, mais vous êtes qui ? demande Jupiter, encore plus inquiet que d’habitude.
— Je suis Plusman ! Le super héros du village. N’ai crainte jeune homme, je suis là pour t’aider !
— Plus quoi ? Un super héros ? Mais vous êtes tous dingue dans ce bled ou quoi ? 

Alors que Jupiter, passablement excédé, tente d’écarter du bras le fou en pyjama, mais ce dernier bloque facilement son geste, esquissant même un sourire. Jupiter, en tant qu’apprenti policier, récupère la situation, et de sa main valide, arrache la cagoule du malotru. 

— Mais vous êtes le coach sportif ?
— Ben quoi, ça t’étonne ? Réponds Norbert avec un clin d’œil.
— Ben non, en fait, vous êtes juste aussi pénible que la vieille avec ses papiers. Arrêtez donc de me suivre, je n’ai rien à voir avec vous !
— Détrompe-toi mon grand. Comme toi, je suis né ici. Comme toi, je suis revenu récemment. Je suis même prêt à parier que tu ne sais pas non plus pourquoi. Et il est fort possible que nous ayons pas que ça comme point en commun. J’en compte même au moins deux de plus. D’une part, il parait que comme moi, tu es né sans père.
— Quoi ? Mais comment vous savez…
— On est à Verlan ici, tout se sait. Sauf le dernier point que n’as probablement pas encore découvert toi-même d’ailleurs.
— Mais de… qu’est-ce que vous me chantez là ?

Jupiter desserre son étreinte, regardant le piteux super héros d’un air intrigué. C’est alors qu’un cri déchire le calme ambiant de la ruelle. Henrietta, la mère de Jupiter, déboule sur eux quasiment en courant, le visage inquiet, mais aussi plein de détermination et de rage.

— Vous voulez quoi encore ? Éructe la vieille dame, un filet de bave aux lèvres.
— Je suis Plusman, le super héros positif ! Grâce à moi, vous allez voir la vie du côté lumineux, vous allez sortir de votre zone de confort pour parcourir gaiment le chemin de la réussite et du succès !
— Quoi ? Je ne comprends rien à ce que vous me racontez ! Le chemin du succès et de la réussite ? Mais vous savez que vous êtes à Verlan là ? La seule réussite qui compte, c’est de pouvoir aller se coucher sans avoir été trop emmerdé dans la journée ! Voilà ce qui compte ici ! Le positivisme et les babas cools, on n’en veut pas. Et surtout quand ces gens-là agressent les jeunes sans défense !

— Mais maman, il voulait juste…
— Tais-toi ! Maman s’en occupe, elle va te protéger. 

Et comme pour prouver sa réelle motivation à son fils, elle assène un grand coup de sac à main sur la truffe de ce pauvre Norbert, qui prend ses jambes à son cou, et démontre que parfois, le salut vient dans la fuite… 

— Vas-y, court super héros positif ! Mais Verlan est tellement petit que jamais tu n’en réchapperas ! 

Malheureusement, une heure plus tard, force est de constater que la baderne avait raison, car Norbert court encore. Alors qu’il s’était réfugié dans son garage après l’assaut de la mère de Jupiter, il doit s’enfuir à nouveau quand il voit débouler devant chez lui cette dernière accompagnée d’une quinzaine de bonnes femmes sorties d’on ne sait où. Toutes étaient armée d’ustensiles de cuisine divers, rouleaux à pâtisserie, écumoires ou d’autres grosses casseroles, et toutes avaient la haine au fond des yeux, et une envie malsaine de faire de la terrine de coach sportif.

— Nous sommes le gang des mères au foyer désespérées de Verlan ! Et quand on s’attaque à l’enfant de l’une d’entre nous, c’est à toutes que l’on s’attaque. Nos enfants, c’est nos vies. Et devant notre loi, tu es coupable ! Les prédateurs sexuels comme toi, nous n’en voulons pas au village !

Fort heureusement pour lui, sa condition physique est suffisante pour courir plus vite et plus longtemps que l’ensemble de ces dames. Mais le village reste fort petit, et il en a vite fait le tour. Il va falloir qu’il trouve un subterfuge pour se soustraire de façon définitive à ces furies. D’autant plus qu’il vient de se laisser déborder, les démones s’amènent de part et d’autre de la rue, et sa seule échappatoire est une alcôve qui se termine par une impasse. 

« Bon, et maintenant, tu fais quoi, gros malin? » anone la grosse voix, mi-intriguée, mi intranquille.
— Ne t’inquiète pas mon poulet, je gère, réplique le super héros en pyjama rouge, tout en regardant le toit de la bâtisse au niveau du bout de la venelle…

Norbert est-il vraiment capable de gérer et donc de survivre au déchainement des femmes désespérées de Verlan ?
Y a-t-il une porte dérobée au fond de la ruelle, comme dans toute série américaine qui se respecte ?
Mais surtout, quel est le troisième point commun qu’il aurait avec Jupiter ?

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