S3E019 : Celui qui découvre ses pouvoirs

— C’est bon ça, comme une lettre au compost ! 

Le sourire d’Angus en dit long sur le petit exploit qu’il vient de réussir avec sa troupe. Depuis plus d’une heure, l’ensemble du village est agglutiné sur la grande place pour mater la prise d’otage qui a lieu au sein de la bibliothèque. Avec un rassemblement de cette taille, il a été extrêmement facile d’agir sans se faire voir pour le contingent composé d’Angus, de Norbert, de Jupiter et d’Apolline, à savoir trois enfants sans père censé protéger le hameau, et le seul flic du patelin, qui servira de caution si jamais cela dégénère. Ils se sont tranquillement coulés jusqu’à la villa qu’occupe Mac Harrot, et ont pénétré par effraction sans réveiller la moindre alarme. 

C’est après avoir fait le tour du propriétaire, et vérifié que personne ne s’y trouvait qu’Angus pose cette allocution qui fit tressaillir ses comparses. 

— C’est bon ça, comme une lettre au compost !
— Mais oui, mais ya personne, fait remarquer Jupiter à juste titre.
— C’était le but, remarque Angus.
— Non, le but c’était de trouver Mac Harrot et de le zigouiller, lance Apolline.
— Il est peut être là-dedans, faire remarquer Norbert, qui n’a pas arrêté de fouiner, et qui pointe une porte menant à la cave. 

La fine équipe se glisse par la petite porte et commence à descendre des escaliers qui semblent infiniment longs.

— On va finir par arriver en bas dans la vallée, s’exclame Jupiter, pas vraiment rassurée.
— Ça doit encore être un de ces bunkers sous-terrain qu’avaient érigés les nazis à l’époque de l’occupation du village. C’était pour se protéger en cas de bombardements par les alliés, explique Apolline, qui en sait long sur le sujet.
— Parce que Verlan s’est fait bombarder pendant la guerre ? demande Angus, inquiet.
— Absolument pas. Personne ne trouve le village sur une carte, alors imagine depuis les cieux, ricanne Apolline.
— Pourtant les nazis eux nous ont bien trouvés, clame Norbert, que la conversation ennuie profondément.
— Oui, et je commence à comprendre pourquoi, conclu Apolline. 

Le groupe déboule dans une grande pièce, éclairée par un néon au plafond. 

— Halte là ! Que faites-vous donc là ?

L’accueil est glacial. Face aux résistants, quatre gus fringués à la dernière mode chez les paramilitaires et qui pointent chacun un pistolet modèle gros calibre. Les quatre se figent et comme un seul homme, même s’il y a une demi-femme dans le lot, et lèvent les bras. 

Un ange passe… 

— Je crois qu’il serait temps messieurs-dames que vous découvriez vos supers pouvoirs, ça urge ! Norbert commence à paniquer, chose pas étonnante quand on a quatre flingues braqués sur soi.
— Et toi, tu ne peux pas faire quelque chose ? Apolline est carrément affolée, sa voix monte dans les aigües.
— Je gère la gravité autour de moi, pas celle des autres. La seule chose que je peux faire c’est m’assommer avec le lustre.
— Et l’histoire du type que tu as changé en chien, ça peut pas nous aider ? Angus tente de garder son calme.
— Le bibliothécaire ? Je l’ai pas changé en chien. Je lui ai juste dit d’aller dormir. Apolline est dubitative.
— Mais vous allez la fermer tous les quatre et nous dire ce que vous faites là ?
— On vient faire des repérages pour tourner un film. C’est sur l’histoire de la compagnie militaire qui a libéré le village. Alors vous allez être bien gentil et nous laisser partir. 

Apolline fait ce qu’elle sait faire de mieux : improviser. Et pour le coup, l’histoire de Verlan, elle la connait par cœur. 

— Un film ?
— Oui, un film, et nous sommes venu ici pour faire des repérages, car figurez vous qu’à l’endroit où vous vous trouvez, Hitler en personne a reçu des mains de Poggle le bref les plans de l’arme ultime : l’étoile noire. Heureusement, l’arrivée des alliés l’a obligé à fuir, et il n’a jamais pu mettre son plan à exécution.

— De quoi, mais que me chantez-vous là ?
— La vérité vraie cher monsieur.
— Je ne vous crois pas.

Apolline se tourne vers Angus, lui indiquant qu’elle a fait ce qu’elle a pu. Ce dernier lui intime l’ordre de poursuivre. 

— Ah moins que vous ne soyez un troupeau de chiens, et que vous ayez tous envie de dormir.
— Mais fermez là à la fin ! 

Apolline se retourne à nouveau : 

— Tu vois bien que ça ne marche pas le coup du chien.
— Je vous ai dit de la fermer ! 

La tension monte encore d’un cran. Chacun hurle dans son coin, les gardes devenant de plus en plus nerveux. Et malheureusement, un troufion à l’arrière, plus affolé que les autres, défouraille. La balle ricoche contre un mur et vient s’écraser sur le lustre, éteignant la lumière. 

La pièce est entièrement plongée dans le noir. Alors que les soldats vocifèrent « ne bougez pas ! Ne bougez pas ! » les résistants implorent « ne tirez pas ! Ne tirez pas ! ». La tension est à son comble, et le massacre pointe le bout de son nez. 

Jupiter est alors pris d’un grand vertige. La tête lui tourne, et il ferme les yeux en attendant que cela se passe. Quand il les rouvre, la pièce semble éclairée comme en plein jour. Les sons sont étouffés tout est au ralenti. Face à lui, les gardes ont tous tiré. Mais les balles avancent très très lentement en direction de ses amies. Norbert a profité de la pénombre pour se rendre tout léger et Jupiter le voie commencer à décoller mais là encore au ralenti. 

Mais que se passe-t-il ? Serait-il en train de vivre la première émanation de son super pouvoir ? Celui de tout ralentir ? Ou de distinguer les choses plus rapidement ? 

Il ne prend pas le temps de réfléchir à ses questions métaphysiques, il a des amis en danger, et il lui faut faire vite, enfin, façon de parler. Les balles progressent toujours, mais lentement, centimètre par centimètre. Il tente de les stopper, mais sa main le brule de trop. Il se rend compte que quand la vitesse deviendra normale, il se retrouvera avec des stigmates tel le Christ descendant de sa croix. Il entreprend donc de dévier la trajectoire de chacune d’entre elles, de telle sorte qu’elles aillent toutes s’écraser contre le mur derrière. Il pousse ensuite Norbert en direction du plafond, de telle sorte qu’il rebondisse, et retombe pile sur deux des gardes. 

— Désolé mon gars, murmure-t-il à l’oreille du coach sportif. 

Puis il attrape Apolline et la sort de la pièce. Les autres sont trop lourds pour lui, il va devoir s’occuper des militaires et les mettre hors d’état de nuire. Puisant dans ses connaissances balistiques, il remarque que les armes ont un fort coefficient de recul. Aux deux soldats côte à côte, il croise leurs bras de telle sorte qu’à vitesse réelle, chacun ira coller une grande beigne à son voisin, causant saignement de nez et trauma suffisant. Quant au troisième, il percute sa tête afin qu’elle aille taper le mur le plus proche. 

— Ça, ça devrait faire mal, murmure-t-il dans un sourire. 

Il regarde le tableau une dernière fois. Tout est en place. Il se remet donc là où il se trouvait au moment où la lumière s’est éteinte. Nouveau vertige, tout redevient sombre. Bruits de coups, impacts dans le mur, corps qui choisissent… 

— Tout va bien les gars, demande Jupiter. 

La lampe du couloir s’allume enfin, et Apolline pénètre dans la pièce. 

— Mais il s’est passé quoi bordel ? 

Elle découvre le tableau, ahurit, au milieu duquel trône Jupiter, tout sourire. Les gardes gisent tous assommés, le béton derrière eux est criblé de balles, mais aucune n’a touché personne. 

— C’est un putain de miracle, s’exclame Angus, numérotant ses abattis et constatant qu’il n’en manque pas un.
— Parle pour toi… Norbert est étendu au sol, les deux soldats sous lui sont hors service. Je crois que notre ami Jupiter ici présent vient de découvrir son super pouvoir… Aïe.

Le cri de douleur du coach sportif conclu une tentative avortée de se remettre à la verticale. Angus se précipite sur lui, et s’affole.

— Merde, il a mangé une bastos ! Il pisse le sang !
— Comment ça ? C’est pas possible ! Comment ça ? Jupiter semble porter sur ses épaules toute la responsabilité de cet évènement.
— T’inquiète pas gamin, tu as fait du super boulot, ton super pouvoir est épatant.
— Mais c’est quoi, comment je…
— Tu es un speeder. Ton pouvoir, c’est la vitesse. Tu vas plus vite que la vitesse de la lumière. Et apparement, pour que ton pouvoir fonctionne, il faut que la lumière elle soit éteinte. 

Sur ces paroles énigmatiques, le coach sportif tombe dans les pommes. Jupiter et Angus l’empoignent, et ils se dirigent vers les escaliers où les attend Apolline, qui surveille bien qu’aucun des gardes ne se réveille. Une poignée de minutes plus tard, le petit groupe se retrouve dehors, et l’air frais semble rasséréner Norbert. 

— Ça va aller coach ? demande Angus.
— Oui… Enfin je pense. C’est qu’une balle dans l’épaule après tout…
— Ben oui mais quand même, ça pisse sévère là. Et puis vous êtes déjà tombé dans les pommes, se lamente Apolline.
— Ne vous inquiétez pas, nous allons vous amener chez un bon médecin, explique Angus, qui a repris les choses en main.
— Non, non… Pas besoin d’aller chez un médecin, je sais exactement chez qui nous devons aller… 

Et juste après avoir livré le nom de la personne en question, le coach sportif retomba dans les pommes.
Angus et Jupiter arriveront-ils à le porter jusque là à temps ?
Le coach sportif survivra-t-il d’une balle tiré à bout portant dans son épaule ?
Mais surtout, où se trouve donc Mac Harrot ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.